28 septembre 2007
Des cafés internet au Japon...
L'équipe 120ème Art s'excuse platement pour ce retard dans les chroniques du voyageurs solitaires...
Voici donc celle-ci, pour nous faire pardonner...
"Il suffisait que j’envoie un mail emplit de tristesse à mon rédacteur en chef pour lui avouer mes faiblesses et mes molles capacités d’analyses quand à chroniquer le japon que finalement, tout s'est offert a moi, au moment même ou j'écrivais ces lignes. Le Japon est déroutant.
Comme mon supérieur ne se demande jamais à quelle heure je lui écris, moi je vais vous le dire, comme ça vous serez vraiment dans l'ambiance. Donc, à l'instant même ou je me fondais en excuses dans l'espoir de sauvegarder mon emploi, tant nous savons le milieu du travail sinistré, il était deux heures du matin. Au moment, où je vous le dit, là, maintenant, une question vous congestionne la gorge : "mais que faisait-il dans un web café à deux heures du matin plutôt que de faire des folies de son corps dans un autre corps?" Attention, je vous vois venir, ma vie privée ne regarde que moi, merde quoi ! Donc, pour en revenir a nos moutons plutôt qu'à d’autres corps donc, figurez vous que j'étais tout simplement SDF. Arriver à Tokyo un samedi soir en période estivale sans réservation est probablement l'idée la plus stupide que n'importe quel crétin dénué de tout sens logique est en mesure d'avoir. Vous pouvez noter que je ne suis pas non plus très tendre avec moi même. Vous vous en foutez, bon. L'ultime refuge, l'ultime asile de nuit fut donc un web bar, jumelé à une manga house, jumelée à une librairie, jumelée avec un restaurant, jumelée avec un bar. Donc, plutôt que d'aller conter fleurette à de femmes somptueuses dans des tripots bien au dessus de mes moyens, je me suis résolus à être studieux et à écrire à mes proches. Dire à mes parents tout l'amour que je leur porte. Faire part de mon manque d'imagination à mon rédacteur, une soirée palpitante vous en conviendrez.
Le lieu est plutôt bien rempli. Musique de jeux vidéo. Musique classique. Jazz. Dialogues de films. Dialogues en directs. Claviers qui trépignent. Au milieu de tout cela, certains essaient de lire au milieu du bruit, bon courage.
Je n’apprendrais à personne que le temps passe très vite lorsque l'on a les yeux rivés sur un écran. Deux trois heures plus tard, la fatigue se fait vraiment sentir. Ce grand fauteuil en cuir sur lequel je suis assis ne favorise en plus pas l'éveil. Je piquerais bien un somme, mais je vais me faire virer si je m’endors, nonb? Pour pallier au mal, je me lève pour me dégourdir un peu les jambes et désenfler ma vessie. Je passe entre les ordinateurs, et là, le côté obscur du Japon s'offre enfin a moi. De tous les bruits signalés tout à l'heure, seuls les claviers ont finis par mettre un bémol. Tout le reste est encore à fond tandis que 98% des personnes présentes sont dans les bras de Morphée. Certain se sont même mis très à l'aise, chaussures au sol, pieds sur la tablette, fauteuil en cuir en position allongée. Vas y que je ronfle la bouche grande ouverte, la bave sur la joue, le manga sur le ventre ou par terre. En toute simplicité, on est entre nous de toute façon.
Alors pendant que j'urine, que je mouille un peu la cuvette et que la dernière goutte est pour mon slip, je me demande s'il me viendrait à l'esprit de finir mes nuits dans ce genre d'endroit à Paris plutôt que dans un lit douillet ? Est ce vraiment si sympa de faire sa nuit dans un bouge de troisième zone où le silence est ramené au rang de légende ?
La clientèle est, à de très rares exceptions, exclusivement masculine. C'est l'angoisse d'être seul où vos bonnes femmes vous font vraiment trop chier ? Ecoutez, donnez moi les clés de chez vous, je vous fait un petit compte rendu pour demain huit heures, non ? Le japonais ne partage pas son ennui comme ça ! D’autres qui ne dorment pas sont plus explicites dans leurs activités. Plutôt que de rentrer bredouille après une bonne soirée de beuverie entre collègues, pourquoi ne pas se mater un bon porno où l'on se chie dessus avec toutes les joies du monde. Ne faites pas cette tête, c'est culturel. D’autres sont plus branchés pipi ou bêtes pénétrations vaginales. Ces derniers manquent vraiment d’imagination franchement !
Les employés du lieu passent au milieu de tout ça pour voir si tout va bien. Ramassent les verres, parfois pleins, tombés au sol. Ils sont à deux sur une flaque de vomi, j’adorerais faire ce boulot.
Il me reste quelques heures avant le lever du soleil. Comme personne ne se gêne, je m’allonge moi aussi tout en écoutant du hip hop tokyoïte. Avant de m'endormir, je suis forcé de constater que les interprètes de ce type de musique ont une réelle passion pour les filles en maillot de bain au minimum syndical. Quelle imagination, c'est admirable. D’autant plus quelles ne font même pas caca alors je n’en vois pas l'intérêt, vraiment.
Bercé par cette délicate musique si chère à mes oreilles, il me faut bien admettre que je ne comprends rien à ces gens. On passe d’une société guindée au dernier degrés à une totale débauche qui passe pour parfaitement normale. Une fois que le boulot est fini, après quelques verres, de société bien proprette la journée, on passe à bien crade la nuit. Tant que tu es au boulot, tu es gentil et tu fais ce qu’on te dit, après, on sen fout...
Mes chaussures qui ont six mois de voyage intense laissent s’échapper un petit fumé dont moi seul ai le secret. Mes voisins regardent un film en odorama maintenant, ils doivent être contents finalement.
Trois heures plus tard, je me réveille avec la douce odeur du café. On m'a délicatement posé une tasse remplie de caféine pour me donner la forme. Mes pompes ont été rangée côte à côte avec mon sac et le pull, que j'avais mis pour me protéger de la clim puis que j’avais retiré parce qu’ils l'avaient coupée, a été plié et trône sur mon sac. En partant, on me salue très poliment. "Mais non mon vieux, tu n’es pas un SDF, tu viens juste de vivre ta première expérience 100% japonaise... En sortant, le sol colle dans la rue. Certains sont vautrés dans leur pisse tandis que la propreté municipale commence à oeuvrer. Les derniers fêtards bariolés croisent en titubant des cravates qui vont bosser. On est dimanche quand même. Les hôtesses dont le maquillage a fini par couler s'engouffrent dans le métro avec leurs tenus plutôt... Courtes. Le jour se lève et je ne comprends toujours rien finalement... Un pays bizarre peuplé de gens étranges... Voila où je suis..."
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