22 août 2007
Des cris d'animaux et du Karaoké...
Où le Voyageur solitaire nous conte un inoubliable voyage en bus...
"Après vous avoir narré, avec un talent qui m'étonne moi même, cette merveilleuse aventure passée dans le train Shanghai-Nanjing ou comment vendre n'importe quoi à n'importe qui. Après ce presque conte pour enfant où l'on découvre comment les princesses et les princes chinois dégustent leurs succulentes nouilles. Après ce spectacle grandiose qui s'offrit à mes yeux lors de mon passage à Hong Kong ou comment prouver au monde entier que le son et lumière ne tue pas. Aujourd'hui, en cette sainte journée de juillet ou la flotte a décidé de me cloîtrer dans un MacDonald, seul lieu où il est possible de rester un peu, les restaurants vous virant une fois que vous avez fini de manger, je m'en vais vous conter une nouvelle palpitante aventure...
Alors, donc, tandis que je montais dans ce bus reliant Xiahe a Langhzou, dans le Ganzu. Tandis que le soleil n’arrivait pas à percer la masse nuageuse et que tout le monde se bousculait dans un brouhaha lourdingue pour monter le premier. Tandis qu'au loin, les bergers s'en allaient avec leurs troupeaux dans le haut des montagnes, je me suis vu, moi, écraser, comme un con, mon cul sur un siège humide des fuites du toit et du temps incertain. Cette journée commençait de la même façon qu’elle avait mouillé mon slip, insidieuse et fourbe. Je dirais même grotesque tant parcourir 167 km en 7 heures avec des sous-vêtements mouillés me parait ridicule à l'instant où j'écris ces lignes.
Bref, tandis que ce bus aux pneus lisses de 6h30 s'élançait sur des routes embrumées et que l'ennuie commençait déjà à ronger les esprits, ma voisine commença à me tailler la bavette tout en mangeant ces nouilles épicées... Dans les premiers temps, elle ne pu se rendre compte de la nullité de mon mandarin tant elle était parti dans une diarrhée verbale dont je suis moi même incapable, c’est dire ! J'eu beau lui mimer l'incompréhension, pas simple, essaie devant ta glace, rien ne pouvait l'arrêter. Elle finit par trouver des sujets plus simples que nous étions tout deux à même de comprendre et donc de partager. Elle se mit à imiter tous les cris des animaux que nous croisions sur notre passage. Elle était très talentueuse, je dois bien l'admettre. Mouton, cheval, âne, poule, yack, tout en gardant à l'esprit que le cheval était vraiment sa spécialité. Après chaque cri, elle me regardait pour être sûre de mon attention. Pas de répit, elle ne me laisserait pas une seconde.
Pourtant, après les quelques minutes d'expressions animales de ma voisine, qui à elle seule valait le détour, le chauffeur du bus lui donna un petit coup de pouce supplémentaire. Ici, le karaoké est une institution et il est difficile d'y échapper même dans les endroits les plus saugrenus, j'en tiens pour preuve ce bus. Le Ganzu étant peuplé par diverses populations, dont les Houighours (musulmans), les Tibétains (boudhiste) et les Hans (communiste), la musique est aussi diverse que variée et c'est très fort. Ma voisine, qui commençait à sacrément se faire chier en ma compagnie fut prise dune joie démentielle dès les premières notes. Le premier tube fut repris, au bas mot, par les deux tiers du bus. Ma voisine, que rien ne pouvait arrêter, ne fut pas effrayée par les tubes tibétains. Montagnes, costumes, effets négatifs sur l'image, couples roucoulants de sentiments éternels, guitare électrique, moines faisant les coeurs, ce fut admirable. Les tubes se succédèrent. Ma voisine enchaînait sans boire un seul verre d'eau mais en se gavant de biscuits et en crachant quelques postillons emplis de farine... Ha! les voyages...
La musique houighour eut moins de preneur. A peine un faible ronronnement dans le fond du bus. Pendant ce presque silence, elle en profita pour s’envoyer une grande et délicieuse glace au citron. Reprise ensuite avec un hip hop hans sortit tout droit des ghettos de Pékin. Partie! Elle était partie. Plus rien n'existait entre elle et l'écran télé. L’ambiance était tellement à son comble que l'on en aurait oublié le bus, la route et mon slip...
Et puis, va savoir pourquoi, ô mon frère, ô mon ami, après moult tubes, la musique s'arrêta. Comme ça. Sans prévenir. Je crûs même comprendre les explications du chauffeur qui nous avouait ne plus rien avoir à nous mettre sous la dent. Malgré quelques réprimandes, le silence finit par s’installer. D'ennuie, ma voisine se consacra exclusivement à une observation de la route. Route de montagne, route sinueuse. Moins d’une demi heure plus tard, je me montrais très étonné de la contenance d'un estomac de petite fille. Tout y était. Les nouilles bien sûr qui me rappelèrent quelques sombres soirées chez mon rédacteur en chef, mais aussi cette succulente glace au citron. Il y avait d’autres choses mais je ne les distinguais pas tant mon pantalon absorbait vite, les biscuit probablement...
A signaler que le voyageur est toujours au japon mais que nous publions
ces chroniques dans l'ordre ou nous es recevons et donc il nous reste
dans notre besace quelques chroniques chinoise (encore une après
celle-ci !) et après on passe au Japon.
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